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Le rebozo, un tissu pour se réhabiter après des VSS

Photo du rédacteur: Marie-Pierre Carbonnet
Marie-Pierre Carbonnet
il y a 18 heures
4 min de lecture

Le rebozo au-delà de la grossesse : un tissu, pas une injonction


Lorsque j'ai découvert le rebozo, ce long châle mexicain utilisé dans l'accompagnement de la naissance, c'était pendant ma formation de doula. On l'associe souvent à la grossesse, à l'accouchement, au rituel de "fermeture du bassin" et du post-partum de façon plus large..


Mais ce long tissu peut aussi accompagner d'autres corps, d'autres histoires, et il n'appartient pas qu'aux femmes enceintes.


Je pense en particulier à un public qu'on oublie volontiers quand on parle de soin par le toucher : les personnes qui ont vécu des violences sexistes et sexuelles (VSS).


Pour les unes comme pour les autres, le toucher est rarement neutre. Il a pu être une effraction, ou il a été appris comme quelque chose de suspect, de faible, ou de forcément sexuel.


Cet article n'est pas une promesse de guérison. C'est une invitation à regarder ce qu'un tissu peut offrir quand le contact direct est trop, ou pas encore possible.


Un tissu rebozo avec une bougie allumée


Qu'est-ce que le rebozo ? Origine et transmission


Le rebozo est un châle tissé traditionnel du Mexique. Dans la vie quotidienne, il sert à porter, à couvrir, à se protéger. Entre les mains des sages-femmes traditionnelles, les parteras, il devient un outil de soin : bercer, envelopper, soutenir, resserrer.


Je l'utilise chaque jour avec gratitude et avec une vigilance : celle de transmettre sans m'approprier un matrimoine culturel qui ne serait pas le mien. Cela veut dire nommer son origine, rendre hommage aux femmes qui l'ont porté jusqu'à nous, et ne pas en faire un accessoire exotique ou un produit marketing. Ce que je propose s'inspire de ces pratiques ; ce n'est pas une médecine traditionnelle mexicaine.


Le rebozo après des violences sexistes et sexuelles

Après des violences sexistes ou sexuelles, beaucoup de personnes décrivent un corps devenu étranger, parfois hostile. Certaines évitent tout contact. D'autres en ont besoin mais se figent dès qu'il arrive. Ce n'est ni un caprice ni une faiblesse : c'est un système nerveux qui a appris à se protéger.


Le rebozo peut ouvrir un espace intermédiaire. Voici ce qu'il permet, concrètement :

  • Un toucher à distance. Le tissu s'interpose entre mes mains et votre peau. Le contact existe, mais il n'est pas direct ; il peut se faire par-dessus les vêtements, sur des zones que vous choisissez. C'est le tissu qui vous berce, et non mes mains.

  • Une sensation de contenance. Être enveloppé·e, serré·e doucement, bercé·e : ces gestes peuvent donner au corps des repères, des bords, une limite qui le rassemble.

  • Le consentement rendu tangible. On convient ensemble d'un mot ou d'un geste pour arrêter. Vous pouvez tenir vous-même une extrémité du tissu, relâcher, reprendre la main. Le soin se fait avec vous, jamais sur vous.

  • Un retour progressif au corps. On commence là où c'est supportable, parfois seulement les épaules, les pieds, ou le tissu posé sans pression. On n'avance qu'au rythme où votre corps dit oui.

Ce qui compte n'est pas le geste lui-même. C'est l'expérience, peut-être nouvelle, d'un contact qui s'arrête quand on le demande.


Rebozo et trauma : ce que ce soin n'est pas

Le rebozo n'est pas une thérapie du trauma. Il ne remplace ni un suivi psychologique, ni un accompagnement médical. Il peut en être un complément, si et quand vous le souhaitez.


Quelques principes guident ma pratique :

  • Un temps d'échange avant toute séance, sans obligation de raconter votre histoire. Vous dites ce dont vous avez besoin, pas ce qui vous est arrivé.

  • Aucune zone n'est touchée sans accord explicite, renouvelé en cours de séance.

  • Vous restez habillé·e, vous choisissez votre position, et vous pouvez garder les yeux ouverts.

  • Une émotion forte, un tremblement, des larmes ne sont pas un échec.



Comment se passe une séance "Renaître dans le rebozo"

C'est le nom que j'ai donné à mon soin. Car pour moi, c'est un moment qui peut donner lieu à une ouverture à soi, une renaissance. Pour ces accompagnements, il se déroule en quatre temps :

  1. Accueillir. On prend le temps de parler de ce qui vous amène, de vos limites, du signal d'arrêt. Vous touchez le tissu, vous le regardez, vous décidez si vous voulez continuer.

  2. Poser. Le rebozo est d'abord simplement posé sur vous, sans mouvement. Le corps fait connaissance.

  3. Bercer et envelopper. Selon ce que vous avez choisi : bercement doux, enveloppement des épaules, des hanches ou des jambes, pression légère. Je vous demande régulièrement comment c'est pour vous.

  4. Revenir. On relâche, on prend un temps de silence ou de parole, on boit quelque chose de chaud. Vous repartez à votre rythme.



Reprendre possession, un fil après l'autre

Le toucher est politique. Qui a le droit de toucher qui, comment, dans quel but : ces questions traversent les violences sexuelles comme l'éducation des garçons. Proposer un contact choisi, lent, réversible, c'est une manière modeste de remettre le pouvoir du côté de la personne qui reçoit.

Si vous vous reconnaissez dans ces lignes et que vous avez envie d'essayer, on peut d'abord simplement en parler, sans engagement.



Si vous avez besoin d'aide maintenant :

  • 3919 : Violences Femmes Info, écoute anonyme et gratuite.

  • 17 ou 112 : en cas de danger immédiat.

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