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Rebozo pour les hommes : un soin doux pour recevoir, sans performance

Photo du rédacteur: Marie-Pierre Carbonnet
Marie-Pierre Carbonnet
il y a 11 minutes
4 min de lecture

Le rebozo, un soin aussi pour les hommes

Le rebozo, ce long châle mexicain utilisé dans l'accompagnement de la naissance, est souvent présenté comme un soin de femmes, pour les femmes. On le voit autour des ventres ronds, des hanches qui s'ouvrent, et qu'on veut refermer après la naissance.


Pourtant, rien dans ce tissu n'est réservé à un genre. Il tient, il berce, il enveloppe. Et beaucoup d'hommes ont justement besoin de cela : être tenus, sans avoir à tenir quoi que ce soit.


Le toucher chez les hommes : entre performance et sexualité

On apprend très tôt aux garçons à ranger le toucher dans deux cases. D'un côté, le contact physique du sport, de la bagarre, de la tape dans le dos. De l'autre, la sexualité. Entre les deux, il reste peu de place pour la tendresse sans attente. L'éducation émotionnelle n'est pas la norme vis-à-vis des garçons, et ce manque se fait sentir avec le temps.

Arrivés à l'âge adulte, beaucoup d'hommes ne sont plus touchés avec douceur qu'au sein de leur couple. Le moindre geste tendre peut alors être lu comme une invitation sexuelle, par eux comme par les autres. Certains finissent par ne plus savoir ce que leur corps ressent quand il n'a rien à faire.

Ce n'est pas un problème individuel. C'est l'effet d'une éducation genrée qui confond douceur et faiblesse, et qui coûte cher aux hommes comme à celles et ceux qui vivent avec eux.


Un rebozo avec un bâton de resserrage


Ce que le rebozo offre aux hommes

  • Un toucher non sexualisé. Le tissu s'interpose entre les mains et le corps. Le cadre est clair dès le départ : on reste habillé, le soin n'attend rien en retour.

  • Une sensation de contenance. Être enveloppé, serré doucement au niveau des épaules, des hanches ou des jambes donne au corps des bords, une limite qui rassemble. Beaucoup d'hommes découvrent à quel point ils étaient tendus.

  • Le droit de recevoir. Pas de performance, pas de geste juste à trouver, pas de rôle à tenir. Vous êtes allongé ou assis, et c'est tout.

  • Un consentement explicite. On choisit ensemble les zones, l'intensité, le signal d'arrêt. Pour certains, c'est la première fois qu'on leur demande vraiment ce qu'ils veulent pour leur corps.



Rebozo et futurs pères : traverser la patrescence

On parle de matrescence pour désigner la transformation que vit une femme en devenant mère. Les hommes traversent eux aussi un passage : la patrescence. Elle bouscule l'identité, le couple, le rapport au temps et au corps, souvent sans espace pour en parler.


Le rebozo peut accompagner ce passage de deux façons.


Un temps pour soi. Avant ou après la naissance, une séance permet de déposer la fatigue, la pression de "devoir être fort", et de se reconnecter à un corps qui sera bientôt celui qui porte, berce, rassure.

Un geste à apprendre. Le rebozo se transmet. Pendant la grossesse, vous pouvez apprendre à bercer le bassin de votre partenaire pour soulager son dos. Pendant le travail, à la soutenir dans une position. Après la naissance, à participer à un rituel de fermeture. Prendre soin cesse d'être une bonne intention : cela devient un savoir-faire concret, partagé.

Dans un couple où la charge du soin repose encore trop souvent sur les femmes, ce n'est pas un détail.


Les hommes victimes de violences

Des hommes ont, eux aussi, subi des violences sexuelles, dans l'enfance ou à l'âge adulte. Ils en parlent encore moins que les autres, souvent par honte ou par peur de ne pas être crus. Le toucher peut alors devenir difficile, voire impossible.

Le rebozo propose un contact médiatisé par le tissu, choisi, réversible à tout moment. J'en parle plus en détail dans l'article consacré au rebozo après des violences sexistes et sexuelles. Tout ce qui y est écrit vaut aussi pour les hommes.


Une séance de rebozo "Renaître dans le rebozo" à Paris

Pour les hommes, il se vit de deux manières.

En séance individuelle, en quatre temps :

  1. Accueillir. On parle de ce qui vous amène, de vos limites, du signal d'arrêt. Vous n'avez rien à justifier.

  2. Poser. Le rebozo est d'abord simplement posé sur vous, sans mouvement.

  3. Bercer et envelopper. Bercement doux, enveloppement des épaules, des hanches ou des jambes, selon ce que vous avez choisi.

  4. Revenir. On relâche, on prend un temps de silence ou de parole, puis vous repartez à votre rythme.

En duo avec votre partenaire, la séance devient un atelier : chacun·e reçoit, puis apprend les gestes pour les offrir à l'autre. C'est particulièrement adapté pendant la grossesse ou dans les premiers mois après la naissance.



Proposer un soin féminin à des hommes ?!


Proposer du soin aux hommes n'est pas une trahison féministe. C'est au contraire défaire, un geste après l'autre, une virilité qui les prive de douceur et qui fait payer cette privation aux autres.

Un homme qui sait recevoir de la tendresse sans la sexualiser, et qui sait en offrir sans attendre de retour, change quelque chose autour de lui : dans son couple, avec ses enfants, avec ses amis.


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