Psy située : définition d'une thérapie consciente des inégalités
- Marie-Pierre Carbonnet
- il y a 1 jour
- 3 min de lecture
Définition d'une approche consciente des inégalités
De plus en plus de praticien·nes se définissent comme « psy située » ou proposent une thérapie « inclusive ». Mais que recouvre concrètement cette expression ? Ce n'est ni un courant théorique unique, ni un simple argument marketing : c'est une posture clinique, qui part d'un constat simple — aucune thérapie n'est neutre.
Le point de départ : la psychologie n'est pas hors-sol
La psychologie, comme toute discipline, s'est construite dans un contexte historique, social et politique donné — majoritairement occidental, masculin, hétéronormé et médical. Certains cadres théoriques ont ainsi véhiculé, parfois sans le vouloir, des normes qui pathologisent ce qui s'écarte de la norme dominante : la maternité vécue autrement, les sexualités non normatives, les corps non conformes, les modes de vie hors du schéma familial classique, les vécus de personnes racisées, précaires ou marginalisées.
Être une psy située, c'est reconnaître ce contexte plutôt que le nier. C'est partir du principe que la souffrance psychique ne se comprend jamais seulement à l'échelle individuelle : elle est aussi traversée par le genre, la classe sociale, l'origine, l'orientation sexuelle, le validisme, les violences systémiques. Une thérapie située prend cela en compte au lieu de renvoyer toute difficulté à une seule « fragilité personnelle ».
Ce que cela change concrètement dans l'accompagnement
1. Une écoute non pathologisante des vécus hors-norme. Une psy située ne considère pas qu'un choix de vie atypique — allaitement long, coparentalité, polyamour, non-désir d'enfant, transition de genre, désir de rupture avec des schémas familiaux — soit en soi un problème à corriger.
2. Une attention aux rapports de pouvoir dans la relation thérapeutique elle-même. Le cadre thérapeutique n'échappe pas aux dynamiques de pouvoir. Une approche située cherche à limiter les effets de surplomb — le ou la thérapeute comme détenteur·rice unique du savoir — pour construire un espace plus horizontal, où le vécu de la personne fait autorité sur sa propre expérience.
3. Une lecture systémique et politique de la souffrance. La charge mentale, l'épuisement maternel, l'anxiété liée à la précarité ou aux discriminations ne sont pas traités comme de simples « défauts d'ajustement individuel », mais resitués dans un contexte social qui les produit. Cela ne remplace pas le travail intrapsychique — mais cela l'enrichit d'une lecture plus juste.
4. Une vigilance sur le langage et les normes implicites. Les mots utilisés en séance, les questions posées sur la famille, le couple ou le corps sont choisis pour ne pas présupposer un modèle unique (hétérosexuel, cisgenre, nucléaire, valide).
Psy située, féministe, inclusive : quelles nuances ?
Ces termes se recoupent souvent sans être strictement synonymes :
Située met l'accent sur la conscience du contexte social et des rapports de pouvoir dans lesquels s'inscrit toute pratique clinique (notion empruntée aux savoirs situés, développés notamment en épistémologie féministe).
Féministe insiste plus spécifiquement sur l'analyse des rapports de genre et sur la déconstruction des injonctions faites aux femmes, notamment autour de la maternité et du corps.
Inclusive met l'accent sur l'accueil explicite de la diversité des identités, des configurations familiales et des parcours de vie, sans jugement ni hiérarchie de normalité.
Une même praticienne peut se revendiquer des trois à la fois, comme c'est le cas ici : une approche qui articule rigueur clinique (notamment cognitivo-comportementale) et conscience politique du contexte dans lequel s'inscrit chaque histoire.
Ce qu'une thérapie située n'est pas
Être située ne signifie pas être militante en séance, imposer une grille de lecture politique à toute difficulté, ni minimiser la dimension intrapsychique ou symptomatique d'une souffrance. C'est un cadre de vigilance, pas un dogme : il s'agit d'élargir le regard clinique, pas de le remplacer par un discours.


Commentaires